FAIRE LES CENT PAS [2012]


Installation sonore pour 7 haut-parleurs

Dimensions variables


Faire les cent pas répond à un appel de Grégory Fenoglio, suite à la création de l’association culturelle l’Être Lieu (Arras, France) et de son désir d’y présenter, pour son inauguration, une oeuvre qui puisse entrer en résonance directe avec l’endroit, avec son emplacement et son architecture. Avec pour thème imposé la curiosité, j’ai alors imaginé parcourir l’ensemble du bâtiment pour en relever la présence d’ondes électromagnétiques, qui occupent l’espace encore plus subtilement que nous, mais sans pour autant qu’on puisse les voir, les entendre ou les ressentir.


Les astrophysiciens ont récemment réussi à écouter le « son de la terre » depuis l’espace, en transposant en fréquences audibles ses champs électromagnétiques. En partant du même principe (mais avec des moyens beaucoup plus précaires), j’ai construit une antenne en spirale, capable de faire entendre et d’enregistrer ces ondes.


En parcourant le lieu avec mon capteur, j’ai imaginé le temps non pas comme un espace linéaire, mais plutôt comme une composition en strates : un temps vertical. Comme si les lieux pouvaient garder en mémoire la présence de ceux qui les ont habités, traversés, parcourus. Faire les cents pas, c’était aussi espérer que dans les sons indifférenciés recueillis se trouvent aussi des traces de passé, des morceaux de présence, des persistances fantomatiques.



Les prises de son ont été réalisées avec Sébastien Cabour

Le mixage et le montage de l’installation on été réalisés avec Quentin Denimal

Faire les cent pas.

Attendre une arrivée, espérer un retour.

Souhaiter que quelque chose se passe enfin.

Un seul trajet, un aller-retour.

Occuper l’espace.

Compter pour ne plus penser.

Soixante-deux pas d’un côté.

Cinquante-neuf de l’autre.


Soixante-deux pas d’un côté, cinquante-neuf de l’autre.

Faire les cent vingt-et-un pas.

Aller de l’avant, soixante-deux, puis revenir sur soi, cinquante-neuf.

S’étonner de cet écart du nombre entre l’aller et le retour.

Répéter l’expérience.

Une fois. Cent vingt-et-un.

Deux fois. Deux cent quarante-deux.

Trois fois. Trois cent soixante-trois.

Étudier la différence entre les pas projetés devant et ceux laissés derrière.


Vouloir faire apparaître ce qui est trop près du regard pour qu’on puisse le voir.

Porter l’écoute sur ce qui nous traverse.

Sur ce par quoi on est traversé.


Donner corps à des ondes, des fréquences.

Entendre.

Dessiner, avec un micro, les contours du vide perçu entre les choses.


L’invisible n’est pas la négation du visible.

Au contraire, l’invisible fait partie du visible, il est en lui et il le hante.




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Extrait de la partition graphique et textuelle accompagnant l’installation sonore.

Vue d’un détail de la publication accompagnant l’installation sonore lors de sa diffusion à l’Être Lieu (Arras, France)

Vue d'un détail de l'installation : marquage au sol des cotes d'architecture correspondant aux lieux où les fréquences diffusées sur les enceintes ont été captées.