DÉMARCHE ARTISTIQUE



Depuis le tout début de ma pratique artistique, j'ai travaillé en silence, en rédigeant des mots sur des bouts de papier : des mots appartenant à ma mémoire, qui ne racontaient rien d’exceptionnel. J’ai écrit et accumulé ces fragments de souvenirs au quotidien, les conservant pêle-mêle sur mon bureau, dans mes tiroirs, sur ma table de cuisine ou de chevet, c’est selon. Je les ai collectionnés et classés, je les ai tournés et retournés jusqu’à ce qu’ils puissent enfin parler d’eux-mêmes, parler ensemble. Les textes ainsi produits me suggéraient ensuite des images, des modes de présentation – et parfois rien du tout.


Le travail avec ces couches successives de mémoire, l'effort pour construire des images claires à partir d'impressions confuses, les liens établis entre des idées disparates et la perte induite par l'oubli : toutes ces notions m'ont ensuite amenée à chercher, dans le monde extérieur, des phénomènes rappelant ces processus internes, à la fois invisibles et silencieux.


C’est donc par la mémoire que je suis arrivée au silence, ma recherche artistique s'étant graduellement précisée vers un désir de pointer des processus a priori invisibles ou inaudibles, comme un besoin d’ausculter différents types de silences ou de vides pour en relever le contenu. Par diverses astuces de traduction ou de transcodage, mais toujours en entretenant un lien étroit avec la question de l’archivage, les mots et la voix sont devenus pour moi un point de contact entre le visible et l’invisible, entre l’audible et l’inaudible. Cette recherche soulève implicitement le sujet du flux, qui apparaît au premier abord comme un processus continu et autonome. Ma démarche consiste donc, en quelque sorte, à détourner quelques uns de ceux-ci pour en faire le récit à travers le langage, d’où en jaillit une certaine forme de narration.


VÉRONIQUE BÉLAND   [ projets ]   [ biographie ]   [ démarche artistique ]   [ cv ]   [ nouvelles ]   [ contact ]